dimanche, 12 juin 2011

Arrivée aux USA, de Key-West à Titusville

Salut à tous,






Au vu de la météo annoncée - vent ENE 10/15 nœuds pour les trois jours à venir, avant l’arrivée d’un prochain front froid - nous quittons donc définitivement Cuba le samedi 12 mars 2011 ne voulant pas tenter notre chance le long de la côte ouest. Nous la jugeons trop périlleuse avec ses passes, pas facilement praticables avec notre tirant d’eau, les passages des fronts successifs et le peu de possibilité de s’y abriter. Nous visiterons la Havane la prochaine fois.






233 miles au compteur donc pour rallier Key West, en Floride. Ça devrait le faire, surtout que le Gulf Stream nous donnera un petit coup de pousse pour améliorer notre vitesse.





Une fois passé le Cabo Antonio, le vent est N et la mer se creuse à 3m. Oohoo cela n’arrange pas nos affaires, New Life plonge, s’arrête et repart péniblement à 2.5/3 nœuds ; autrement dit on pioche ! Dommage que ce n’est pas dans un jardin, on aurait de l’avance sur une plantation de patates.




Changement de tactique, on va s’éloigner de la côte en tirant un bord long bord à l’ouest, une fois dans le Gulf Stream, on tentera de reprendre notre route initiale.





Lundi 14 mars, on cherche toujours ce fameux courant qui est censé nous faire prendre l’ascenseur. Les éléments étant toujours à contre, nous continuons à tirer des bords. A ce rythme, la distance sur la carte ne diminue pas mais augmente. Nous sommes remontés jusqu’à 27 miles à l’Ouest de Dry Tortuga pour avoir gagné sur le bord suivant seulement 10 miles sur le fond. C’en est désolant mais nous n’avons plus le choix maintenant, il nous faut continuer.





Par VHF j’appelle un cargo passant non loin pour lui demander la position du fameux Gulf Stream, sachant que ces bateaux profitent des courants pour gagner du terrain. Donc si ce dernier fait une route opposée à la nôtre, il devrait en bénéficier ce qui expliquerait notre vitesse d’escargot. Effectivement nous avons tout faux. En étant remontés si proche de Dry Tortuga, nous sommes affectés par le contre courant qui sévit dans le Golfe du Mexique. Le capitaine du cargo nous souhaite bon voyage et bon courage puisque on s’est rapproché du front et que ce dernier à de l’avance. Sympa.





Tout ça pour dire que notre trajet a duré 5 jours au lieu des 3 prévus au départ. 5 jours à tirer des bords dans une mer pas franchement agréable et contre un vent N. Eh oui, c’est notre karma, mais nous sommes tout de même arrivés à bon port.





Au niveau des formalités, la première chose à faire en arrivant aux States, est d’appeler le numéro gratuit des Customs & Border Protection et d’attendre leurs instructions. Du moment que j’annonce notre provenance de Cuba, le ton change, les formalités ne seront pas de routine, nous ne pouvons pas rester au mouillage, il nous faut amener le bateau en marina. Le douanier m’indique qu’une fois à quai, il me faudra appeler un autre numéro gratuit, afin qu’ils procèdent au contrôle complet du navire. Nous ne sommes pas un cargo, juste un petit voilier !




Des quatre marinas de Key West, nous choisissons la meilleure marché, mais lorsqu’on nous annonce un tarif à 100$/nuit, nous faisons un peu la grimace. J’appelle comme on me l’a demandé l’autre numéro gratuit et je « poirotte » une bonne demi-heure au téléphone, passant d’un service à l’autre pour m’entendre dire gentiment : « Welcome to Key West….. Aucun soucis venez simplement demain matin à l’aéroport aux Customs & Border Protection, il vous faudra remplir des formulaires supplémentaires vu votre provenance, mais nous n’avons pas besoin de passer au crible votre bateau ». Là je peste deux fois plus puisque nous sommes maintenant à quai et que le tarif lui est loin d’être accueillant.




Bref, prenons notre mal en patience, nous profitons de rincer le bateau, de faire le plein d’eau et d’aller nous balader sur le front de mer en avalant une énorme glace. Nous déambulons, sans trop savoir ce qu’il nous arrive, c’est comme si on débarquait sur une autre planète. Ça grouille de partout, les scooters de mer, les Sunset ou speed boat, les sorties en mer à la journée ou en soirée apéro compris, des animations, des boutiques, des racoleurs pour tours commentés de la ville, des coupons de réduction distribués à tout vent pour des Happy Hours à prix réduits ou des menus 3 pour 2, des biplans, des hélicoptères pour découvrir les keys du ciel. Nous sommes complètement déboussolés.







Je prends quelques photos mais je ne suis pas convaincue. En voyant la tête de Marvin je crois sincèrement que je ne suis pas la seule à me poser des questions et à être à côté de la plaque.






Lorsque nous longeons le quai sur le chemin du retour, nous apercevons du monde sur New Life. Thierry accélère le pas et lorsqu’il est à portée de voix demande à sa manière ce que ces gens font sur le bateau, de quel droit ils sont montés sans autorisation et surtout sans que nous soyons à bord. Le ton est lancé et ça chauffe immédiatement de part et d’autre.



« Nous avons tous les droits puisque nous sommes Customs et Border Protection !



- Mais non Monsieur, vous n’avez pas le droit de procéder ainsi, surtout si nous ne sommes pas à bord, il y a des lois internationales qui ne vous autorisent pas à ..... »




Bref un dialogue sans fin, mais lorsque le plus hargneux d’entre eux sort les menottes et annonce que si mon mari continue à les agresser de la sorte il le boucle pour la nuit, j’interviens et tente de calmer le jeu. Caporal Peterson me demande si je suis disposée à collaborer ! Come on, nous n’avons rien à cacher, nous ne sommes pas des malfrats ni des dealers, juste une famille sur l’eau. Est-ce si grave de vouloir vivre ainsi ? Vous avez violé la loi américaine en collaborant avec notre ennemi. Eh caporal je vous arrête, nous ne sommes pas en guerre avec la Terre entière et nous n’avons aucun souci avec Cuba étant un pays neutre et qui plus est la Suisse défend les intérêts américains à Cuba, alors please, arrêtez votre petit numéro. Je m’arrêterai à cette remarque ne faisant pas de politique.




La tension descend un peu, Thierry fait son poing dans la poche lorsqu’on lui demande de quitter le bateau et d’attendre sur le quai avec Marvin. Je suis la seule autorisée à ouvrir les coffres à l’intérieur, ensuite, je dois également sortir dans le cockpit pendant qu’ils passent tout au peigne fin, même le sac du linge sale. Un rapport de deux pages, deux oignons, une demie bouteille de rhum et le seul Tukola (Coca-Cola Cubain) restant sont embarqués. Aucun produit cubain ne doit rentrer sur le territoire américain. Bizarre, en nous baladant, nous avons aperçu Café cubain au coin d’une rue, Cuban bread dans une autre, des boutiques de cigares en veux-tu en voilà. Encore une fois nous ne faisons aucune politique, mais certaines choses nous interpellent !



Ces « braves » messieurs quittent le bateau en nous précisant que comme « collabos » aucun cruising permit (permis de navigation) ne nous sera délivré et qu’ils seraient en droit de nous expulser du territoire américain. Welcome to US j’avais cru entendre au téléphone ! Nous sommes un peu abasourdis et pensons à la journée de demain à remplir de la paperasserie et tenter de justifier notre séjour en « territoire ennemi ».


Ce matin nous avalons un café et ne tardons pas pour nous rendre à l’aéroport. Une charmante dame nous reçoit, elle nous donne quelques formulaires en nous priant de les compléter, elle embarque nos passeports pour vérification. A son retour elle nous précise que tout est en ordre. Vu le ton employé hier pas « nos rambos des bacs à sable » je tente : Pourrions-nous obtenir un cruising permit durant notre séjour aux USA ? Ce papier nous éviterait de courir d’un bureau à l’autre en changeant d’Etat, un simple coup de fil suffirait. Vu notre provenance il faut qu’elle demande à son supérieur. Une fois dans le bureau ce dernier nous pose, de manière courtoise, des questions supplémentaires, investigue sur notre séjour à Cuba et quels raisons nous amènent aux US. Voyant en face de lui, une famille et non une bande de dealers, il donne son feu vert puisque nous avions déjà obtenu un tel permis de navigation il y a 3 ans.



Comme il me paraît bien sympathique et que l’accueil est complètement différent dans ce bureau de CBP je me permets de rapporter l’attitude de ses sous-fifres hier. L’information ayant passé de ses oreilles à son cerveau, il en tombe presque de sa chaise. Il m’assure que des sanctions seront prises à l’égard de cette équipe, qu’ils n’auraient effectivement jamais dû monter à bord sans notre permission et surtout ne pas agir de manière si agressive devant un enfant. Ils devaient être tendus vu l’arrestation le matin même de notre arrivée d’un bateau bourré de drogue. On comprend, mais il ne faudrait pas en faire une généralité, non ? Il s’excuse de leur attitude en nous délivrant le cruising permit sollicité, précisant que ces choses-là ne devraient pas arriver, nous souhaite la bienvenue aux US et remplit Marvin de cadeaux à l’effigie des CBP. Nous retournons au mouillage.



Relax, relax maintenant nous pouvons vous appeler, donner de nos nouvelles et découvrir tout ce qui a été mis en œuvre pour notre recherche vu notre silence depuis quelques mois déjà. Sans revenir sur les détails (voir publications des 18 et 20 mars 2011) nous vous remercions tous une fois encore, du fond du cœur, pour ce qui a été entrepris aux quatre coins du monde pour nous retrouver.







Une visite à West Marine, qui est à deux pas pour commander une nouvelle poupée de guindeau ainsi que 70 mètres de chaîne, l’ancienne devenant de plus en plus fatiguée. Au fil des ans et des tensions subies lors de certains mouillages, les maillons se sont allongés et usés ne faisant plus que 8mm au lieu de 10mm. Cela est nettement insuffisant pour le poids de New Life. Livraison dans 2 jours pour la poupée et 4 pour la chaîne. Waou, c’est du sérieux et du rapide. C’est juste, on est maintenant aux States, plus à Curaçao où il nous fallait attendre des semaines voir mois lorsqu’on commandait des pièces.


Embarquer plus de 200 kg de chaîne dans le dinghi, traverser la baie pour l’amener à bord en a fait rire plus d’un qui se demandaient si on allait y arriver étant à la limite de flottaison avec l’annexe. Une fois sur le pont, le temps de remonter l’ancienne chaîne et de la remplacer par la nouvelle, New Life a montré ses fesses à qui voulait bien les observer. Et oui… double poids à l’avant ça change quelque peu l’équilibre d’un bateau !




Nous affichons quelques annonces à gauche et à droite, faisons le tour du mouillage pour savoir si quelqu’un serait intéressé par notre ancienne chaîne qui peut encore servir pour un corps-mort ou le mouillage d’un bateau plus petit. En attendant Thierry transforme le guindeau. Il fabrique une pièce en epoxy qui permettra de fixer l’ancienne poupée à l’avant du guindeau afin de maintenir la chaîne dans un axe meilleur, évitant ainsi qu’elle ne saute sur le barbotin. Thierry avait déjà observé des installations similaires sur d’autres bateaux. Il avait trouvé bien le principe modifiant l’axe de la chaîne ce qui l’oblige à rester en ligne sous tension et évite ainsi l’usure prématurée des dents de la poupée.








A l’époque de la découverte du Nouveau Monde, énormément de bateaux transitaient par le Détroit de Floride profitant du Gulf Stream lorsqu’ils revenaient chargés de trésors de leur voyage en Amérique du sud.








Quelle aubaine pour la flibusterie et les naufrageurs réputés de Key West qui allumaient de faux feux sur les plages attirant ainsi ces navires vers les hauts-fonds d’où, une fois échoués, il était facile de les piller. Souvent le mauvais temps travaillait pour eux en drossant des flottes entières de navires sur ces bancs. Le Shipwreck Museum (Musée des épaves) entraîne notre pirate en herbe dans un monde qui ne fait pas rêver uniquement les enfants.









Toutes les épaves n’ont pas encore été toutes localisées. Imaginez donc ce qui peut trotter dans la tête de notre moussaillon qui se passionne pour tout ce qui touche à la piraterie, aux coffres chargés de doublons, aux barres d’or ou d’argent, aux trésors que transportaient ces navires qui étaient les plus riches du monde.




Nous partons maintenant sur les traces de Mel Fischer, un des plus réputés chasseurs de trésor du Gulf Stream. Mel Fischel n’a pas fait que rêver aux trésors enfouis, il y a consacré sa vie. Il s’est passionné pour l’histoire en se fixant un seul but, retrouver la flotte espagnole qu’une grosse tempête engloutissait au large des keys en 1715.






La Maravilla, la Nuestra Senora de Concepcion, l’Atocha pour n’en citer que quelques-uns rapportaient à la couronne espagnole des trésors inestimables. Il a fallu toute la détermination de Mel et bien d’autres chasseurs bien entendu, pour localiser ces épaves que la nature et le temps s’étaient chargés d'éparpiller et de recouvrir à jamais.






Toute l’activité des années 60 tournait autour de ce rêve : Retrouver les trésors disparus. La devise de Mel « Today’s the day » en a encouragé plus d’un à travailler pour lui. Mais le 20 juillet 1985 ce rêve est devenu réalité lorsque l’épave de l’Atocha a été localisée.








Une fois l’épave repérée, un dur labeur commençait pour ces plongeurs acharnés que seul le brillant d’un doublon entraînait vers le fonds. En dégageant minutieusement et en remontant à la surface ce fabuleux trésor, plus d’un y perdra la vie dont le fils aîné de Mel et son épouse.








La richesse s’acquiert à un certain prix, mais valait-elle la peine d’y perdre la vie ? Ce n’est pas tout puisqu’une fois à la surface Mel a dû s’entourer des meilleurs avocats pour que cette richesse lui soit reconnue. En effet, l’Etat de Floride la revendiquait et ce n’est qu’après bien des années de bagarre juridique qu’il a pu en bénéficier. Au résultat de sa défaite, l’Etat de Floride a modifié sa Constitution en précisant que dorénavant tout trésor découvert dans les eaux territoriales lui appartenait. Les requins ne sont donc pas uniquement sous l’eau !




Notre nièce Megane qui est à Fort Lauderdale dans une école de langue arrive à obtenir un congé de quelques jours et vient nous rejoindre à bord. Marvin est tout content de céder sa couchette à sa cousine. Il lui fait faire le tour du bateau en lui expliquant le fonctionnement des pompes à pied, toilettes, etc. Pour que son plaisir soit complet, le capitaine lui passe les commandes. Elle se débrouille comme une cheffe à la barre.









A l’heure de l’apéro, Marvin sollicite sa cousine favorite pour passer d’un monde à l’autre avec son Game Boy. Comme nous sommes nulles en la matière, nous n'étions d'aucune utilité lorsqu'il était bloqué dans ses jeux. Il a frappé à la bonne porte avec Meg.









Le lendemain, nous admirons plein de tortues. Certaines plus occupées que d’autres ne plongent même pas lorsque nous passons à proximité.









La remontée des keys nous emmène à Key Largo où nous sommes accueillis comme des coqs en pâte par nos amis Sandy et Dale. Grand-papa Dale comme l’avait surnommé Marvin, il y a 3 ans déjà, lorsque nous nous étions rencontrés à La Tortuga, puis à Bonaire et à Curaçao où Thierry avait repeint les ponts de Snow White, leur bateau.



New Life est amarré devant leur belle demeure. Maison, jacuzzi, piscine, voiture, jardin avec étang, tout est à notre disposition. Nous sommes presque gênés devant tant de générosité et de gentillesse.









Lorsqu’un voisin de Dale rentre de la pêche en ramenant des dorades coryphènes, que l’une d’entre elles est entre la vie et la mort, tout est tenté pour l’oxygéner et la réanimer.






Mais lorsque quelques heures plus tard, elle passe à trépas, les filets sont tirés, elle finira divinement cuisinée par Sandy dans nos estomacs.










Nous n’aimons pas les séparations, malgré que notre route en soit semée. Megane nous quitte là, il lui reste un dernier coup de collier à donner pour obtenir son certificat de langue, ensuite elle a pourra retrouver la famille et ses amis en Suisse.





La bande anti-UV du génois s’étant complètement décousue, nous profitons de l’espace que nous offre le jardin de nos amis pour nous mettre au travail. Dans notre élan, nous commandons de la mousse et refaisons tous les coussins du cockpit. Thierry coupe la mousse et s’occupe de l’épinglage du tissu pendant que je pique.




Nous venons de dégotter, pour quelques dollars seulement, dans un magasin de deuxième main un joli petit vélo pour Marvin. Il se met immédiatement au boulot lui aussi pour donner à son vélo un look un peu plus masculin en enlevant les autocollants et en repeignant la fourche grise. Deux jours auront eu raison des roues d’entraînement, malgré un plongeon du quai à l’arrière du bateau. Plus de peur que de mal, heureusement.









Nous terminons les coussins et quittons nos amis que nous retrouverons certainement dans le Chesapeake puisqu’ils rejoignent leur bateau. Key Largo-Key Biscayne 45 miles sous voile tranquille. Vaut mieux être attentif et suivre le balisage en arrivant à Biscayne. Nous sommes au sud de Miami, un changement de décor qui interpelle Marvin qui se demande bien comment de tels buildings peuvent tenir debout.








Il nous faut maintenant enfiler une série de ponts s’ouvrant à heures fixes ou sur demande pour arriver à West Palm Beach.








Au passage de belles résidences appellent le cliché. Tout ce luxe me laisse un goût amer au fond de la gorge lorsque je pense à Cuba. Trop ou trop peu ça n’a jamais été bon. Le pire c’est qu’une partie de ces belles propriétés appartiennent à de riches cubains qui, confortablement installés en Floride, refusent l’ouverture de leur pays !









L’intercoastal waterway (ICW) est bien pratique lorsque les vents sont contraires à l’extérieur nous empêchant de progresser. Ce réseau d’eau intérieur traverse tous les Etats-Unis du nord au sud. A quelques endroits nous pouvons rejoindre la grande bleue par des inlets. Nous allons donc jongler entre avancer par l’intérieur, sortie en mer et revenir à l’ICW en fonction de la météo.




Des paysages différents défilent tout au long de l’ICW, mais …












… attention à celui qui ne respecte pas le balisage.










N’oublions pas la vie animale et les lever ou coucher de l’astre grâce auquel la vie sur Terre est possible.










Ce mélange de clichés insolites….









… nous emmène à West Palm Beach où Marvin peut profiter des vagues et de la plage.









En consultant le site de la Nasa sur internet, nous apprenons qu’un lancement de la navette Endeavour est agendé pour le 29 avril. Ce sera la dernière fois que cette navette partira dans l’espace pour une mission technique, avec à son bord 6 astronautes dont un européen. Nous ne pouvons pas louper l’événement, direction donc Titusville. Il nous faudra attendre un peu plus d’une semaine l’événement en faisant attention de ne pas vendre la mèche à Marvin puisque nous voulons lui en faire la surprise.



Heureusement Pâques approche, la décoration des œufs meuble un peu cette attente.








En plus à Titusville, il y a un super Hobby Shop. Vous connaissez tous la passion de mes deux hommes pour l’aviation, il est donc inutile de vous préciser qu’ils sont aux anges surtout lorsque Jim Carter partage avec eux non seulement ses connaissances mais également sa passion pour tout ce qui touche au modélisme. Nous passons des heures à l’écouter et à en apprendre grâce à son expérience. Entre les traductions de gauche et de droite, j’ai le temps de faire un brin de causette avec Francina, la charmante épouse de Jim.




Si vous cherchez du matériel ou des informations TheHobbyShop.Titusville@yahoo.com est le magasin dont vous avez besoin. Jim prendra non seulement le temps de vous conseiller, mais partagera avec vous sa passion.







Je ne vous dis pas la joie de Thierry et Marvin lorsqu’un après-midi Jim les attire dans son arrière boutique et leur donne ce qu’un client – qui n’avait plus suffisamment de temps à consacrer aux avions – venait de déposer pour quelqu’un qui en ferait bon usage et qui aurait la possibilité de le réparer; un planeur, avec des ailes de rechange, une télécommande, un avion, des cerveaux, un moteur OS. Jim a frappé à la bonne porte en offrant tout cela à mes deux hommes qui ont le sourire jusqu’aux oreilles et les yeux qui scintillent. Eh les gars vous allez caser où tout ça dans le bateau ? - T’en fais pas on trouvera de la place, me répondent-ils en cœur.




Nous sommes à Jour J-2, l’activité en ville ne permet pas de garder plus longuement notre secret, Marvin sait lire également en anglais, donc lorsqu’il voit les panneaux posés aux quatre coins de la ville « 2 days to launch » il saute sur place, éclate de rire en nous disant : Maintenant je sais pourquoi on est resté autant de temps à Titusville.












Nous revenons un peu plus tôt de ville afin d’assister à la conférence mise sur pied en un temps record, par Mr Doc, the Spaceman. Voyant des jeunes sur les bateaux à la marina, il avant lancé hier. Eh guys any interest for the spaceship ? I can make you learn somethink about it if you want. Ils avaient tous répondu en cœur : yeah sure.







Le jour du lancement nous déplaçons New Life au bord de la zone de sécurité afin d’être juste en face de la plateforme de lancement. Meilleure vue on ne peut pas avoir. En plus on peut suivre les événements en direct sur le net, voir l’équipe du commandant Kelly rejoindre la navette, suivre les commentaires en attendant quelques heures encore que le compte à rebours commence.













Une heure avant le lancement la VHF crépite avec une annonce des Coast Guard informant tous les navires positionnés pour le lancement que ce dernier est reporté suite à un problème technique. Je consulte rapidement internet pour en savoir plus. Effectivement lors du dernier contrôle avant le lancement, une sonde de température dans le système de refroidissement ne fonctionne pas normalement ce qui causerait un problème lors du retour sur Terre de la navette. Le lancement est donc reporté à une date ultérieure pour permettre aux techniciens de la réparer.











C’est la grosse déception à bord, nous retournons au mouillage et décidons d’attendre encore un peu pour voir l’évolution, les techniciens parlent d’une semaine avant d’arrêter une nouvelle date pour le lancement. (A ce stade je me dois de préciser que les prises de vue technique ainsi que celles de la navette sur son pas de lancement on été prélevées sur le site www.nasa.gov.com )




Nous retournons au Hobby Shop où Jim tout content de nous revoir, offre à Marvin une rocket qu’il pourra lancer, sans soucis techniques, quand il le souhaitera. Gros éclats de rires. En fin de journée le ciel se couvre, il nous faut quitter la joyeuse compagnie de Jim et Francina pour rentrer au bateau. Nous arrivons trop tard pour rejoindre New life, il nous faut attendre que le gros de cet orage soit passé en espérant que l’ancre ne dérape pas.







Après la pluie le beau temps, le dicton dit vrai. C’est une aubaine pour les manatees (lamentins) qui viennent s’abreuver aux drainages des bateaux.








De retour à bord, juste une mauvaise surprise, la cuisine est inondée, j’avais oublié de fermer le hublot au-dessus de la cuisinière. Mea culpa, il ne me reste plus qu’à sortir les éponges.




Chaque jour qui passe nous suivons le site de la Nasa, les techniciens sont toujours en train de localiser la raison de la panne, de contrôler tous les circuits électriques. Les astronautes quant à eux rentrent chez eux. La date du prochain lancement est arrêtée au 5 mai, date qui demande à être confirmée, nous attendons….


Marvin est bien content il peut continuer à voir ses copains Cole et Cooper après l’école. Ils s’entendent comme des larrons en foire.






Une exposition de vieilles voitures attirera mes deux hommes, alors que j’ai un jour de congé J’en profite pour bouquiner, mettre à jour le blog, faire un peu de lessive en papotant avec les copines à la laverie.







Le 4 mai après une conférence entre experts et techniciens, le porte-parole de la Nasa annonce que le vol de demain est une fois encore reporté, que la navette ne s’envolera pas avant le 16 mai au plus tôt et encore. Nous ne pouvons attendre éternellement, nous prenons donc la décision de continuer notre route. Dommage en 2009 nous avions loupé l’envol de Discovery, aujourd’hui c’est celui d’Endeavour que nous ne verrons pas rejoindre l’espace pour son dernier lancement.


C’est sur cette grosse déception que nous vous quittons pour aujourd’hui. La suite de notre récit américain suit sous peu.



Avec nos meilleures pensées,

Les New Life en balade








mercredi, 25 mai 2011

Cuba, de Cienfuegos à Cabo Antonio


Salut à tous,




A 08h00, le 15 février, nous quittons Casilda, la marée monte, le chenal étroit et peu profond de la marina sera donc praticable avec notre tirant d’eau de 1.80m. Même si nous lisons zéro au sondeur, nous ne nous échouerons pas. 32 miles nous séparent de Cienfuegos dont le surnom est Perla del Sur (Perle du sud). Nous hissons les voiles, un joli vent nous pousse.





A mi-journée, nous sommes proches de la côte et les hautes montagnes de l’arrière pays nous coupe tout souffle, les voiles ondules, mais ne se gonflent plus, nous lançons le moteur. Nous apercevons déjà au loin la Punta de Los Colorados avec son phare La Luisa qui signale l’entrée de cette grande baie qui est un port naturel bien protégé.






Cienfuegos est l’un des plus grand pôle industriel du pays. Grand port sucrier et de tabac à l’époque, la ville se développe rapidement, mais devient aussi le refuge de flibustiers et de contrebandiers tels que Jacques de Sores, Francis Drake ou encore Henry Morgan. La baie éminemment stratégique décide les espagnols à la défendre de la piraterie britannique qui cherchent à étendre leur influence dans la mer des Caraïbes. En 1745 la construction de la citadelle de Jagua est achevée.







En face de cette belle citadelle, l’hôtel Pasacaballos, de construction plus récente, impose sa laideur.







Un poste militaire à l’entrée de la baie contrôle tout le trafic. Ils nous proposent une escorte, que nous refusons gentiment, ayant une bonne carte à jour et sachant nous orienter au travers du balisage. Si vous acceptez leur offre, sachez qu’elle est payante. Par contre si vous la refusez et qu’ils décident tout de même de vous accompagner, ils ne pourront pas vous facturer ce service. En ce qui nous concerne, le militaire à l’autre bout de VHF nous souhaite simplement la bienvenue. La ville quant à elle, affiche clairement sa politique.







La baie est longue et profonde, il faut la remonter sur 7 miles pour atteindre la marina et la zone de mouillage. Le courant de marée descendante est fort, il lève un joli clapot, nous gagnons du terrain à 2 nœuds contre, moteur à 3'000 tours.







Notre choix est de jeter l’ancre, dans la zone limitée au mouillage devant la marina, mais on nous siffle en nous faisant comprendre qu’il est nécessaire de se mettre au ponton pour les contrôles d’usage et la paperasse. Un chien drogue monte également à bord. Il sniffe un peu partout. Lorsqu’il arrive à la cuisine il éternue un bon coup en branlant la queue comme pour dire à son maître que tout est en ordre.




La douane ayant fait son inspection du bateau, j’entame la visite successive des bureaux officiels. Je sonde l’ambiance pour voir s’il pourrait y avoir de la flexibilité quant à notre prochaine extension. Côté douane, c’est plutôt mal parti. On me fait remarquer qu’il manque un tampon de renouvellement sur le document autorisant New Life à naviguer dans les eaux cubaines. J’en tombe des nues, avec tous les contrôles que nous avons eus jusqu’ici, personne ne nous a précisé qu’il fallait également renouveler cette autorisation il y a un mois déjà.


Dans ce cas, je joue la bobette (je suis assez douée à ce jeu). Ah bon ! Je ne savais pas, personne ne nous a rien dit. Mais comment donc ? On l’aurait fait si on avait su ! Bref, bien ennuyé devant la situation, le douanier finira par nous tamponner le formulaire en précisant que nous ne devons pas prendre leur réglementation à la légère. Oui m’sieur, je ferai attention la prochaine fois !



Sermonnée de la sorte je continue ma tournée par l’immigration. C’est là, qu’il faudra tenter d’assouplir le règlement et obtenir une nouvelle extension de nos visas. Une fois la paperasse d’usage complétée, je m’enquiers d’une possibilité d’obtenir quelques semaines, voire un mois supplémentaire. Je tente la flatterie, on ne sait jamais. Nous souhaiterions rester plus longtemps, tant nous apprécions le pays. Puis j’enchaîne avec les caprices météo et la succession des fronts en hiver ce qui a ralenti sensiblement notre rythme, nous devons nous rendre à la Havane pour y accueillir des amis (imaginaires). En dernier ressort je tente une avarie moteur.





Bref, j’en perds mon latin, oh pardon mon espagnol. La loi c’est la loi, aucune possibilité d’extension. Vous avez jusqu’au 23 février sur ce visa, il vous faudra ensuite quitter Cuba. Je tente une dernière question puisque les canadiens ont droit à 3 mois, ne pourrait-il pas faire une exception. Rien n’y fait, le Canada (je n’ai pas dit les Etats-Unis) et Cuba ont des accords spéciaux.



Bon ben, allons annoncer la bonne nouvelle au capitaine ! En attendant de prendre une décision, faisons un tour de la marina, bordée de belles maisons coloniales…








… et d’un parc ou des artistes locaux ont laissé libre cours leur imagination. Les thèmes de ces œuvres n’ayant rien en commun, il est intéressant tout de même de découvrir le style et l’art de chacun.








La majorité des bateaux sont des catamarans de charters, appartenant à une compagnie allemande, beaucoup des loueurs sont russes. Au vu du comportement de certains, on se demande s’ils se souviennent encore que leur pays avait, il y a quelques années, le même régime politique que celui qu’ils visitent actuellement en se pavanant, toutes richesses dehors et en traitant les autochtones comme leur sous-fifre pour ne pas dire autre chose.



Tout leur est dû, doit être livré à bord en un temps record, prêt pour « l’appareillage ». Ils se plaignent lorsqu’un produit manque par rapport à la liste qu’ils avaient envoyée à l’agence afin que l’approvisionnement du bateau soit complet à leur arrivée. Les boîtes de conserve ne sont pas de la taille souhaitée. Comment se fait-il que la Tienda de la marina n’ait pas de produits frais ? Il nous faut aller au marché ? Ce n’est pas possible, nous sommes ici que pour une semaine ou deux ! Cela dépend de l'équipage. Un taxi, vite, vite, vite. La Vodka n’est pas à bord, c’est incroyable !



Ils sont comme des abeilles s’activant autour d’une ruche, ils ne prennent même pas la peine de regarder autour d’eux. Tout cela se passe de commentaires.




Il est trop tard pour aller jeter l’ancre, nous passons donc la nuit à la marina. Le mouillage est aussi payant ici, mais c’est la moitié du tarif de la marina. Avant de quitter le ponton, on nous fait signer le règlement concernant l’utilisation de l’annexe. Cette dernière doit être remontée sur le pont ou aux bossoirs tous les soirs. Nous pouvons la servir uniquement pour le trajet bateau-marina, aucun droit d’aller au restaurant qui est à 200 m. ou de nous balader à travers la baie. Le non respect d’une de ces règles sera soumis à une multa (amende). Encore heureux qu’ils nous laissent passer d’un bateau à l’autre, me dira Thierry qui ne supporte plus toutes ces pressions. Et encore, il ne s’occupe pas de la paperasserie !




Sans rivaliser avec le cachet de Trinidad, Cienfuegos se veut une ville dynamique, moderne et sportive. Elle accueille chaque année la régate Saint-Nazaire-Cienfuegos. Des centres sportifs sont aménagés, piste de roller, espace squash, tennis, écoles de voile et d’avirons. Beaucoup de cyclistes dans les rues. C’est une toute autre vision de Cuba que nous découvrons. Le centre ville est charmant, aéré, l’architecture néoclassique est bien préservée. La Plaza de Armas est encadrée de superbes édifices coloniaux. Un joli kiosque accueille une fois par semaine l’orchestre municipal. Le Teatro Terry, financé en 1904 par la riche famille des Acea accueille aujourd’hui un collège d’art. C’est dans ce théâtre que se réfugièrent en 1957 les insurgés protestants contre la tyrannie de Batista.







Le Palacio de Valle se dresse majestueux au bout de la péninsule de la Punta Gorda.







Ce palais digne des Mille et Une Nuits fut construit en 1890 par un opulent commerçant, puis revendu à un espagnol des Asturies, Acisclo del Valle, l’un des hommes les plus riches de Cuba. Il abrite aujourd'hui un restaurant de toute première classe.







En 1950 il est cédé au frère du dictateur Batista qui envisage d’en faire un casino, associé à l’hôtel Jagua qu’il fait élever dans les jardins de cette magnifique demeure. Cet hôtel cubique témoigne de l’intérêt financier et non artistique qu’ont certaines personnes face à des bâtiments datant de plusieurs siècles.






Lorsque nous voyons passer ces deux pêcheurs sur leur embarcation en pains de mousse, notre décision est prise. Nous ne pouvons pas quitter Cuba comme ça, il nous reste encore trop de choses à découvrir.








Nous consacrons les deux journées qui suivent à un bon approvisionnement. Puis passons dans les bureaux successifs afin d’établir notre sortie officielle de Cuba pour Isla Mujeres au Mexique. Les autorités remplissent leurs formulaires, inspectent le bateau, nous pouvons quitter le pays, tout est en ordre. Voilà ce que nous indiquons aux officiels, mais notre intention est toute autre. Nous faire discrets dans les Cayos Del Dios et Rosario pendant une semaine ou deux, ensuite refaire une entrée à Isla de la Juventud, plus à l’ouest et bénéficier ainsi d’un nouveau mois supplémentaire, renouvelable.




Nos amis Peter et Christian de Marmajua arrivent. Nous avons le temps de leur faire part de notre plan. Ils nous rejoindront dans les cayos ci-dessus, une fois leur fille Solène repartie au pays. Notre plan est risqué, mais nous savons aussi que les autorités n’ont aucun moyen de contrôle dans les cayos. Il nous faudra juste éviter Cayo Largo situé entre les Cayos del Dios et Rosario puisque cet endroit est un port officiel d’entrée/sortie, il y aura forcément des autorités. Le bateau est complété en produits frais oignons, tomates, laitues, chou, ananas, oranges. La farine de blé vient d’arriver à l’étalage, j’en profite en rachetant 5 kg qui compléteront les produits de bases, la mer se chargera du reste.



Nous voilà donc parti pour l’Archipelegos del Dios (l’Archipel des Dieux), en évitant la fameuse Baie des Cochons, interdite à la navigation et bien gardée. Un joli vent nous pousse sous génois …








…dans ce chapelet d’îlots où l’eau est d’une limpidité à couper le souffle. Pas beaucoup de poissons sur ces bancs de sable herbeux si ce n’est ce petit coffre nageant de concert avec un gros barracuda et quelques calamars.







La ligne est à poste, attendant le couché du soleil pour plonger et tenter d’attraper le repas du lendemain.










Durant la nuit un vent NE se lève, nous faisons des bons de 2 m. sur la chaîne. Tout est rangé au cas où les Dieux nous chasseraient in extremis de leur paradis. A 5h du matin le vent tourne au SE, du coup nous sommes à nouveau protégés étant au nord du Cayo del Sal. Nous restons sur place une journée de plus. Thierry récupère, Marvin et moi sommes suffisamment occupés avec l’école et la baignade.




Nous reprenons notre avancée à l’ouest en restant à l’intérieur de l’archipel. L’eau est si claire que nous voyons les poissons s’agiter dans 2m. d’eau. Par contre, nous devons rentrer la ligne de pêche, elle se croche sur les têtes de coraux, nous avons déjà perdu deux rapalas. Nous évitons Cayo Largo, pour les raisons que vous connaissez et continuons sur l’Archipel des Rosarios à une cinquantaine de miles. En fin de journée le vent tombe, il nous faudrait continuer au moteur. Boof, aucune envie, l’ancre plonge donc et nous passons la nuit, au milieu de nulle part, enveloppés par le silence et le clapot sur la coque.




Au matin la brise est là, nous continuons et empruntons le canal entre Cayo Cantiles et Rosario. Des pêcheurs nous hèlent, nous proposant de la langouste. Etant sous voiles, nous refusons leur offre.






Cayos Cantiles abrite apparemment une réserve de singes, d’iguanes et de jutias. Ne connaissant pas cette dernière bestiole, c’est une bonne raison de nous y arrêter. Trois bateaux sont déjà au mouillage, se sont des charters qui lèvent l’ancre dès que nous arrivons. Ah… aurions-nous la peste ? Non, j’ai oublié ... les charters sont minutés !



Lorsque nous débarquons sur la petite plage, Julio vient à notre rencontre se présentant comme le gardien de la faune et de la flore de l’îlot. Il est en poste pour un mois avec deux de ses acolytes Luis et Ricardo. Ils entretiennent l’île, comptent les singes, s’occupent de la nidification des iguanes et des jutias, défrichent et ouvrent de petits chemins à travers le cayo. Ricardo, décroche trois noix de coco en guise de bienvenue.






Le courant passe très vite entre nous. Julio nous emmène voir ce que sont les jutias, animaux que nous connaissons en fait sous le nom de ragondins,….







… et nous propose une balade. En chemin, il nous donnera toute sorte d’explications sur les singes, les oiseaux et les reptiles qui peuplent ce petit coin. Nous apprendrons notamment que les iguanes mâles ont la chance d’avoir deux sexes !








Cet endroit nous semble tout à fait approprié pour y passer une semaine ou deux. New Life se balance tranquillement au mouillage. Nous pouvons nous balader en découvrant la faune et la flore, les fonds regorgent d’antennes et de poissons, nos trois nouveaux copains nous ont l’air fort sympathiques.






Dès qu’ils nous ont vu arriver, ils se doutaient que nous allions rester un peu et ne pas passer en coup de vent. Alors lorsqu’on le leur a confirmé, Ricardo a demandé à Thierry, s’il avait des connaissances en mécanique hors bord car leur moteur ne refroidit plus. Ils ne peuvent donc aller pêcher qu’à la seule force de leurs bras pour ramener aux bateaux de passage de la langouste qu’ils échangent. Thierry leur propose de revenir le lendemain matin afin d’y faire un service. Un fois le pied moteur démonté, il constate qu’il n’a plus d’impeller. Par chance nous avons le même Yamaha 5CV donc des impellers de rechange.







A partir de ce jour, il nous sera impossible de manger au bateau le midi. Pendant l’école je prépare des gâteaux, des cakes ou du pain pour améliorer le quotidien de ces gardiens envoyés en poste pour un mois avec pour toutes provisions 25 kg de riz, 3kg d’haricots secs, 1 kg de sucre, 5l. d’huile, ½ l. de vinaigre, un paquet de café. Des œufs, ils en ont grâce à Ricardo qui a emmené avec lui ses deux poules. Chacun ayant complété ces «dons gouvernementaux» par des produits provenant de leur jardin avant d’être déposés sur le cayo. Inutile de préciser que dans leur cabane le confort est réduit au minimum.





L’eau est stockée dans une grande citerne que remplissent au passage les pêcheurs qui croisent dans le coin et venant leur rendre visite. Ils leur apportent également, quant ils en ont, quelques produits frais (tomates, yuccas, patates douces) qu’ils échangent contre le rhum ou autres babioles que nos trois amis auront réussi à obtenir des charters contre de la langouste.



Les journées s’écoulent doucement, nous passons tous les après-midi à terre en leur compagnie, tissant un nouveau brin à cet énorme cordon qu’est l’amitié.







Thierry ressort l’epoxy, répare leur barcasse qui prend l’eau.








Grâce à Luis, j’apprends à nettoyer, à préparer correctement le lambis et le poisson-ange. Nous échangeons des recettes, tout heureux qu’il est de pouvoir ajouter de nouveaux produits à ses menus en nous faisant partager ses talents de cuistot.









Marvin qui fait des progrès en base-ball, décide de nettoyer la petite plage sur laquelle nous débarquons chaque jour. Elle est jonchée de plastiques et autres déchets. Julio qui est interpellé par l’initiative et l’entrain du moussaillon nous donne un coup de main. Une fois la plage débarrassée de ses détritus, Marvin récupère un bois flotté pour fabriquer un panneau indiquant en trois langues « gardez la plage propre ». Travail scolaire d’utilité publique !







Un catamaran se pointe à l’horizon, ce sont nos amis Peter et Christian de Marmajua. Spontanément Julio, Ricardo et Luis nous lancent : vos amis sont nos amis, il faut aussi qu’ils viennent manger avec nous le midi.




Lorsque Julio et Ricardo partent à la pêche, ce n’est plus uniquement Thierry qui les accompagne mais Christian qui est un chasseur émérite s’y mettra aussi. La mer est riche et généreuse, tous les jours un autre menu, Luis nous gâte, Peter et moi partageons la préparation des desserts.





Aujourd’hui nous avons la chance de pouvoir observer quelques singes. Lorsque le gong retentit, ils savent que leurs auges ont été remplies, ils s’approchent, timides et craintifs. On se réfugie derrière un arbre, mais ils restent à distance, on bat en retraite et lorsque nous sommes dans la cabane, ils arrivent, ont peut ainsi observer les grands mâles qui se servent en premier, puis le reste de la troupe arrive. Malheur à celui qui ne respecte pas la hiérarchie, il est remballé rapidement par le mâle dominant.







Le temps ne compte plus dans ce cayo merveilleux. Quelques touristes de passage débarquent, sans vraiment s’intéresser à ce qui s’y passe. Ils boivent une coco gentiment offerte, font quelques pas et repartent en échangeant une bouteille de rhum contre des langoustes.









Ayant réalisé qu’en quittant Cienfuegos, je n’avais pas pris la peine de rechercher un poste internet, afin de vous avertir sur notre intention de prolonger notre séjour ici, je demande à un équipage de russes s’ils auraient la gentillesse de me poster un courrier une fois de retour au pays.


Envie d’une petite marche pour digérer, nous partons avec Julio sur un autre sentier du Cayo, Marvin voudrait voir des crocodiles, mais ils ont déserté l’endroit depuis longtemps. Par contre nous occuperons l’après-midi à la recherche des traces laissées par les animaux qui peuplent cette mare salée, asséchée.








Au retour, Ricardo nous prépare des cocos pour nous désaltérer.







Marmajua pouvant s’ancrer dans nettement moins d’eau que New Life, il est décidé pour le lendemain, d’aller pêcher à l’extérieur en s’approchant le plus possible du récif. Dès le départ tout est à poste, les fusils, crochets et lasso à langoustes sont également embarqués. Tout est bien parti pour ramener à nos amis de quoi troquer avec les bateaux de passage.








D’autres pêcheurs, en mal de courroie viennent nous trouver. Thierry est tout heureux de pouvoir encore une fois dépanner avec du matériel qu’il a récupéré à gauche et à droite. Nous seulement contents de nous remercier avec un bidon plein de poissons, Juan Jr nous les écaillera, le temps d’avaler un café avec le capitaine et l’équipage de cette embarcation.






Inutile de préciser que tout ce poisson atterrira dans la cuisine de Luis qui nous gâtera une dernière fois. Eh oui, nous annonçons à nos amis qu’il est temps pour nous de continuer notre route et d’aller faire une entrée à Nueva Gerona, sur Isla de la Juventud. Ce n’est pas simple de se quitter après ces trois semaines à prendre part à leur vie. Nous leur promettons de revenir à terre ce soir après avoir préparé New Life pour la navigation.




C’est avec de grandes accolades et embrassades que nous tentons de nous séparer. Luis me passe autour du coup un collier de coquillages qu’il a fabriqué pour que je me souvienne…. Les larmes coulent de part et d’autre. Je n’oublierai jamais et nous reviendrons, c’est promis. Ricardo et Julio nous accompagnent à l’annexe. Luis restera à l’intérieur et tentera d’arrêter le sanglot qui le secoue car il sait que même si nous revenons l’année prochaine, il ne sera plus sur le cayo, l’heure de la retraite sonnera pour lui à la fin de cette année.



Nous nous relayons à la barre durant la nuit, les vents sont pile poil arrière, le pilote ne tient donc pas. J’ai plus de peine que Thierry à garder le cap sous cette allure, surtout de nuit. Je n’anticipe pas assez les mouvements du bateau, il en profite pour se balader d’un bord sur l’autre, les miles se rallongent de cette manière, mais cela permet à Thierry de se reposer.



Au petit matin, il prend le relais, ralentissant notre vitesse afin d’entrer par la Pasa de Quitasol au lever du jour. La mer roule, l’eau est trouble, la signalisation n’est pas claire. On doute un moment, on passe et continuons notre route sur Nueva Gerona. Nous remontons le long chenal et arrivons à un quai commercial. Marmajua est déjà là, aucune autre place nous nous amarrons à couple, personne n’est à bord.



Pas plus de 10 min. après notre arrivée, nous apercevons Peter et Christian accompagnés d’un Guardia Frontera revenant à leur bateau. C’est la M. ici, nous annoncent-t-ils. Impossible de sortir et d’entrer du quai sans contrôle complet. Invoquant un urgent besoin de consulter internet, ils ont fait une exception afin que Peter puisse confirmer son vol de retour en France, par contre il est impossible d’établir les formalités de sortie en ce qui la concerne.




Voyant le drapeau jaune hissé en barre de flèche tribord, (pavillon Q – utilisé lorsqu’on souhaite la libre circulation dans les eaux du pays visité), le Guardia Frontera nous indique qu’il est impossible de faire une entrée à Nueva Gerona. Mais, ce n’est pas un port officiel, comme l’indique mon guide de navigation ? Non, il vous faut retourner à Cayo Largo (celui qu’on avait pris soin d’éviter) ou faire votre entrée à El Morro (qui se trouve sur notre route, plus à l’ouest). Ni une ni deux notre décision est prise, même si nous savons qu’à partir d’aujourd’hui nous ne pourrons plus mettre pied à terre ou approcher un village, n’étant plus en possession de visa et du « zarpe de navigacion ».




Côté appro, on manquera peut-être de fruits et légumes, mais pour le reste c’est tout bon. Thierry se trouvant à court de cigarettes, Peter a la gentillesse de repasser le contrôle et d’aller lui en chercher tiendas du coin.




Nous larguons les amarres pour nous retrouver une dernière fois avec Marmajua à Cayo Francès, une jolie baie sur Isla de la Juventud. Les hommes partent à la pêche et nous partageons un bon mérou sur leur bateau. Comme Peter rentre en France d’ici une semaine, je profite pour lui donner les cours CNED, ainsi qu’une autre lettre qui vous rassurera sur notre sort.



Notre prochaine étape est le Cabo Corriente, juste avant Cabo Antonio, large baie où nous attendrons une météo favorable pour passer ce cap, faire une nouvelle entrée à El Morro afin de pouvoir remonter jusqu’à la Havane ou alors continuer directement sur la Floride. Notre décision n’est pas encore prise.




Voilà que la ligne se déroule, nous sommes sur le pont, en alerte, pourvu qu’on ne perde pas le souper cette fois-ci. Marvin souhaite écailler la prise du jour quand nous serons arrivés. Pas de problème mon gars. Une fois ancré, il sort ce qu’il faut et le voici donc à l’œuvre.






Nous sommes à l’Est dans la baya de Corriente, un seul autre bateau au mouillage. Nous faisons vite connaissance avec nos voisins anglais à bord de Toucan. La baie est un site de plongée très fréquenté. Un des bateaux du club nous contrôle et reporte notre présence et celle de Toucan aux autorités. Aucun souci pour eux, mais pour nous ils reviennent nous préciser que nous ne pouvons descendre à terre. Oui, on sait ! Ils mentionnent au passage qu’un front va arriver d’ici deux jours et que nous ne serons pas protégés dans ce coin avec des vents venant de N. Oui ça on le sait aussi, mais merci quand même !



Dans l’immédiat nous allons barboter et profiter de la journée. Deux fois par jour, soir et matin, Thierry analyse les gribs météo que nous recevons grâce à la BLU. Effectivement demain, il nous faudra nous déplacer à l’ouest de la baie pour trouver une meilleure protection au passage du front. Toucan va en faire de même.



Nous partons tranquillement sous voiles, mais lorsque nous commençons à apercevoir les formations nuageuses, on appuie au moteur pour traverser cette baie de 8 miles de large afin de mouiller avant l’orage.






Les bateaux de plongée nous rejoignent. Donc si les locaux annulent les réservations de la journée et viennent également se protéger de ce côté-ci, c’est que nous sommes au bon endroit. En moins de temps qu’il me faut pour l’écrire, nous voici au milieu d’un bel orage…






… qui fait place au soleil une fois passé.







Le lendemain, la BLU annonce une météo favorable pour ceux qui vont à l’Est et au Sud, donc chacun suit sa route. Toucan qui s’en va aux Caymans où ils pourront ravitailler facilement, m’offre 6 œufs, 1kg de farine et un paquet de biscuits pour le moussaillon.




Durant l’orage de la veille un autre bateau, Hanah, était venu s’ancrer à proximité. Voyant notre pavillon Suisse, ils nous avaient appelés en VHF pour nous dire tout le plaisir qu’ils avaient eu en visitant notre beau pays. Lorsqu’ils lèvent l’ancre ce matin, ils nous envoient sur le pont un paquet en nous criant une petite gâterie de chez vous. Une plaque de Lindt noir. Waou, quel régal.







Lorsque la pluie et le vent se calment, il reste toujours la mer, qui est plus lente à la détente, sa houle met du temps à s’apaiser, elle contourne maintenant le cap. Du coup le mouillage est moins drôle. En plus nous sommes sur des têtes de coraux ce qui nous plaît que moyennement. Alors à notre tour on relève le mouillage pour aller cette fois-ci au NE de la baie, à Bayata et attendre. Durant tout notre séjour à Cuba, nous avons laissé tomber nos conversations BLU privilégiant la réception des bulletins de la NOAA, émission qui a lieu aux mêmes heures que les causeries francophones ou anglophones. Désolée de vous avoir lâché ainsi, mais nous avions d’autres priorités.




Que fait-on ? On s’arrête à El Morro, une fois le cap passé ou on continue ? Ces questions reviennent sur le tapis tous les jours. Ce qui nous fait hésiter de la sorte, c’est que sur la côte Ouest de Cuba nous ne bénéficierons plus de la même protection lors du passage des fronts qui sont fréquents en cette saison. Les passes d’entrées dans les lagons ne sont pas toutes praticables en fonction de l’état de la mer, certaines étant infranchissables avec notre tirant d’eau de 1m.80. Nous pesons le pour et le contre. Côté relations humaines et découvertes il est sûr que nous ne voulons pas quitter cette île. D’un autre côté, nous sommes en hiver, la météo ne nous permettant pas de faire n’importe quoi.




Ce matin les gribs indiquent une ouverture pour les trois jours à venir avant le passage d’un prochain front. 233 Miles à parcourir jusqu’à Key West, on devrait passer surtout avec l’aide du Gulf Stream.




C’est donc là que se termine notre belle aventure cubaine et c’est là que je vous quitte aussi, en espérant avoir réussi à vous faire partager notre coup de cœur pour ce beau pays déchiré entre la petitesse des pressions politiques et l’immense gentillesse de sa population.





Avec nos meilleures pensées,


Les New life en ballade