Affichage des articles dont le libellé est vie à bord. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est vie à bord. Afficher tous les articles

mardi, 19 juin 2007

lettre de janvier 2007

Salut à tous,


Eh oui, nous voilà repartis les cales bien pleines…
Les conserves,

Le lomito (filet de bœuf) séché

Les pavillons des futures escales

Le 25 janvier 2007 nous avons largué les amarres pour une petite escale d’une dizaine de miles afin de nous retrouver dans le calme du parc naturel de Mochima le petit mousse et moi profitons de la baignade, le capitaine trouvant l’eau un peu fraîche (24°) s’abstient. Une seconde escale à Tigrillo un petit mouillage dans le Golfe de Santa Fé où les coraux étaient en fleurs ; un régal pour les yeux.

Puis c’est l’escale à Puerto La Cruz ; nous sommes mitigés et ne savons que penser. On essaie de s’imprégner durant notre halte au Paséo Colom où nous retrouvons quelques amis, nous passons quelques jours ensemble, ensuite nous nous rendons dans les canaux qui sont à 2 miles plus à l’ouest. Les canaux sont magnifiques et nous avons la chance de pouvoir parquer New Life devant la maison d’un couple italo-vénézuélien que nous avions rencontré il y a un an à Grenade.
On se dirait à Port Grimau, avec de magnifiques maisons qui pour tout jardin ont de l’eau tout autour. Les canaux ont été créés en remblayant d’ancien marécages, on se déplace en bateau ou en annexe et on change de canal en passant sous de petits ponts. Les constructions, sont plus différentes les unes des autres. De la petite maison simple à des palaces ou des villas de luxes, tous les styles sont permis.

Une fois franchie la porte des jardins, un monde de vigiles armés, à bicyclette tourne 24H/24H afin de préserver la tranquillité, le calme et l’anonymat de ses habitants. On nous prie de ne prendre aucune photo ! Nous poussons la porte du jardin encore plus loin afin d’aller nous promener, là on nous arrête immédiatement en nous mettant en garde que de l’autre côté, on risquait notre vie en passant le bario (bidon ville) que l’on surnomme Beyrouth ici…… cela nous laisse complètement sans voix et nous déçoit énormément ; on a l’impression de vivre dans une prison dorée enfermés dans un ghetto…Un monde faux ou la corruption pue à la ronde et où les vigiles protègent les intérêts des fortunes vénézuéliennes. Ce n’est décidément pas notre place nous décidons donc d’entreprendre les formalités internationales de sortie et de nous rendre dans les îles de La Tortuga, Los Roques, Les Aves, continuant donc notre route vers l’ouest.

Par la suite nous espérons retrouver quelques familles sur l’eau afin que Marvin puisse se faire de nouveaux copains car pour l’instant il n’y a pratiquement plus personne au Vénézuéla, suite aux élections de novembre dernier. Chavez ayant tout pouvoir individuel durant un an peut faire basculer le pays à tout moment.

De plus la saison cyclonique étant terminée dans les caraïbes, tout le monde ou presque a déserté ce pays; histoire de se faciliter la vie en se retrouvant chez « soi » de pouvoir acheter facilement tous les produits de consommations. C’est vrai qu’en Martinique ou en Guadeloupe, voire St-Martin ou ailleurs, il suffit d’aller dans une grande surface pour remplir son chariot, ce qui n’est pas possible ici. En effet il faut se rendre dans divers Bodegons (minis supermarchés), au marché ou, si la chance est de notre côté, dans la seule grande surface qu’il y a dans le coin, mais même là on n’est pas sûr de tout trouver. Voilà plusieurs mois que le Vénézuéla est en pénurie de sucre, aussi incroyable que cela puisse paraître pour un pays producteur et se trouvant entouré d’autre pays producteurs…. Allez comprendre les embargos ! Le sucre roux se trouve occasionnellement ; le blanc - on en voit au marché noir - il atteint des prix disproportionnés (5 x plus cher).

Côté politique, bien que nous n’en faisons pas, Chavez tente de privatiser CANTV (les communications) de manière rapide en ne repayant pas immédiatement les investisseurs-actionnaires (américains) ce qui produit quelques tensions et une chute fulgurante du bolivars. Il est donc temps pour nous de ne plus trop nous attarder dans le coin et de découvrir d’autres horizons.

Bisous à tous et à bientôt. Les New Life en balade

lettre de février 2007

Salut à tous,

La météo annoncée : léger vent 10 à 15 nœuds, de nord/nord-est, mer calme, super voilà ce qu’il nous faut pour rallier l’île de la Tortuga, distante de 57 miles de Puerto La Cruz. Les cartes marines et les relevés n’étant pas corrects, il nous faut impérativement arriver de jour afin de pouvoir nous situer correctement et distinguer parfaitement l’île qui est basse sur l’eau puisque son point culminant est à 40m… loin des montagnes de chez nous !

Dès notre départ, nous nous apercevons que la météo prévue et les conditions rencontrées ne sont pas les mêmes; nous naviguons donc au moteur, faute de vent jusque vers le milieu de l’après-midi. Là un légère brise se lève, nous pouvons enfin lancer le génois, mais juste pour la forme afin appuyer un peu le moteur et gagner un demi nœud sur notre vitesse…. A 17h00 nous passons la pointe Delgada, nord-est de La Tortuga, le soleil est déjà bas sur l’eau, nous l’avons de face, il est donc impossible de distinguer les têtes de corail et d’évaluer correctement la profondeur. Le sondeur l’indique bien mais vaut mieux naviguer à vue afin de trouver notre chemin parmi les bandes de sable et les coraux. De plus les cartes n’étant pas correctes, le GPS ne nous est pas d’une grande aide. Un catamaran échoué depuis quelques mois déjà à la pointe Delgada nous incite à être prudents. Une fois entrés dans la baie, nous ancrons à playa Caldera et décidons d’y passer la nuit, malgré la houle de nord-est qui agite New Life d’un bord sur l’autre.

Le lendemain matin, à peine réveillés nous levons l’ancre pour nous rendre dans un mouillage moins rouleur. Le soleil dans le dos cette fois-ci nous facilite la tâche, nous déjeunons en route et ancrons à Cayo de Herradura. Quelques bateaux s’y trouvent déjà, effectivement le mouillage est plus calme. A peine sommes nous arrivés que petit mousse et moi sautons à l’eau, ah quel bien ça fait ! Nous sommes le samedi matin. Dans l’après-midi, nous voyons débarquer des dizaines de yacht à moteur, tous équipés de scooter de mer et d’annexes rapides. Un hélicoptère nous survole et se pose sur la plage, puis un second….La plage se remplit et nous apprendrons que Cayo de Herradura est un endroit très fréquenté des vénézuéliens venus de Puerto La Cruz ou Caracas pour le week-end. On a de la peine à croire nos yeux… venir à la plage en hélico…. Et pourquoi pas ! Dimanche soir tout le monde rentre et l’île retrouve sa plénitude.

Les trois jours que nous passerons sur l’île seront riches en baignades, balades, recherches de coquillages, sans oublier la rencontre avec les pêcheurs. En nous rendant au bout de l’île pour visiter le phare - qu’on n’a jamais vu allumé et qui est censé guider les navigateurs noctambules - les pêcheurs nous abordent, ils cherchent à savoir d’où nous venons ou nous allons et comment les navigations se déroulent avec notre petit marin. Avant de nous séparer cet après-midi là, ils nous offrent une aile de raie. Dès le retour à bord, je sors mes livres de recettes et annonce le souper à l’équipage : raie au beurre noir, croutons et câpres, il va nous manquer du citron … tant pis, on fera sans et on se régalera quand même.

Puis c’est le départ pour 85 miles jusqu’aux Roques. La météo annonce un vent nord/nord-est 15/17 nœuds avec une mer de 1.5m. Cela a été vrai pour le départ, mais dans l’après-midi les vents se sont levés à 20/25 nœuds et la mer est devenue forte à très forte. Pour une fois on va faire de la voile, mais musclée la traversée et à une vitesse que nous étions loin d’imaginer, ce qui fait qu’à 03h00 du matin le capitaine a dû affaler la grand-voile, réduire le génois et sortir la trinquette (voile de gros temps) afin de ralentir New Life qui filait à plus de 6 nœuds et qui nous aurait fait arriver de nuit aux Roques, ce qui au vu de la cartographie, de la passe d’entrée La Boca de Sébastopol (La Bouche de Sébastopol) n’est vraiment pas envisageable sans visibilité.

06h00, ouf le soleil pointe à l’horizon et le jour se lève, nous distinguons les Roques. Se sont des îles également très basses sur l’eau et il nous faut encore nous approcher, la mer écume de toute part, on distingue mal la barrière de corail et la passe d’entrée. On pointe sur le phare et à la jumelle je tente de donner des indications précises au capitaine, ce qui avec cette houle est loin d’être simple. On est de plus en plus près des coraux et on ne distingue toujours pas l’entrée, large de 200 mètres pourtant - ce qui paraît énorme sur terre, mais avec une mer qui déferle pas évidente du tout. On s’approche encore et soudain, juste devant nous la Boca de Sébastopol s’ouvre, une vague nous pousse à l’intérieur et le terrain de jeux se calme aussitôt juste un clapot soulève le plan d’eau. C’était un bon coup d’adrénaline pour la Saint-Valentin. Eh oui nous sommes le 14 février et de celui-ci on s’en souviendra.

Nous lançons à nouveau le génois et continuons notre remontée sous voile à l’intérieur de la barrière de corail en zigzaguant entre les pâtés clairs et foncés jusqu'au mouillage de Francisquies. Nous mouillons dans un lagon tellement turquoise que les nuages eux-mêmes en sont teintés. Nous y resterons quelques jours en nous régalant à chaque instant des fonds marins. Nous passons des heures dans l’eau à explorer le lagon et ses habitants.



De nouvelles découvertes nous attendent et nous partons pour Noronsquis un lagon en forme de fer à cheval à seulement 6 miles. On est seuls au mouillage, la barrière de corail est à quelques mètres, nous laissons tomber l’école pour ce matin car nous ne résistons pas plus d’une minute à l’envie de chausser nos palmes et partir voir les fonds. A peine dans l’eau, une tortue vient nous accueillir, plus loin se sont d’énormes poissons-perroquets noirs, des diodons, des girelles à têtes bleues ou jaunes, des poissons-papillons, flûtes, des ludjia, des coffres, des castagnoles, etc. qui nous attendent. De retour à bord, nous sortons les livres pour savoir quelles sont les espèces encore inconnues à nos yeux et apprendre le nom des différents coraux. Aujourd’hui c’était l’école aquatique… une autre façon d’apprendre pour notre petit mousse et pour nous également. Le lunch et c’est reparti pour la baignade. Le capitaine quant à lui monte au mât pour contrôler le gréément et prendre quelques photos.



Une tortue nous accompagne jusqu’à la sortie du lagon lorsque nous quittons Noronsquis pour nous rendre à Sarqui, une autre île, un autre mouillage. Il faut dire que ce n’est pas ce qui manque aux Roques, les lagons étant tous les un plus beaux que les autres, notre choix d’aller sur celui-ci plutôt que sur celui-là est dicté par la protection qu’il offre au vu des conditions météo. L’îlot Sarqui est une longue plage de sable blanc sur fond turquoise. Deux bateaux sont déjà sur place, puis Zen des copains rencontrés à Cumana se pointe à l’horizon. On se retrouve et on passe quelques jours ensemble. Le temps est couvert et pluvieux. Génial nous nous remplissons les réservoirs, les douches solaires. La lessive s’accumulant, j’en profite pour laver un peu.

Entre les averses, le soleil perce fort, de ce fait la mangrove entourant la plage dégage une forte odeur de goémon. Nous décidons de lever l’ancre et de nous rendre à Carénéro à 1h00 de navigation seulement. Dans ce mouillage, bien protégé, il y a plus de monde, 15 bateaux s’y tiennent à l’abri et attendent une météo plus propice.

Nous retrouvons quelques connaissances, mais nous regrettons le manque d’enfant. En effet, les enfants se font de plus en plus rares. Marvin couché, nous nous posons mille et une questions sur la suite de notre programme, plus à l’ouest retrouverons-nous des familles naviguant comme nous? Il semblerait que pratiquement tous les gens que nous croisons se rendent à Panama et passent le canal pour le Pacifique, ce qui n’est pas vraiment nos plans, et l’école du petit mousse, il y a des jours où tout roule et d’autres où c’est un vrai casse-tête chinois, surtout lorsqu’il décide de mettre les pieds devant, il faut s’armer de beaucoup de patience. Que de questions !

Plus tard nous retrouvons Zen au mouillage de Cayo de Agua. Nous passons à nouveau quelques jours supers ensemble avant que nos routes se séparent, eux allant à l’est, nous à l’ouest. Chacun sait qu’un jour la vie fera qu’on se retrouvera. Cayo de Agua devient intenable avec la houle qui entre dans le mouillage, nous décidons donc de quitter Los Roques pour Los Aves distantes de 34 miles.

C’est parti, cap au 280° vent 20/25 nœuds avec des rafales à 30 nœuds, à nouveau musclée la nav. du jour, mais on est au portant, c'est-à-dire avec le vent pile poil dans le dos, ce qui devrait rendre le voyage plus agréable. Illusion, illusion, une fois sortis de l’abri des îles, la mer est houleuse et croisée. Bébek Tutu (le nom de notre pilote automatique) ne tient pas la barre, c’est le capitaine qui prend la relève en synchro avec la houle qui soulève et couche le bateau. Décidemment ces îles se mérite. New Life marche bien et je dois avouer que depuis que le capitaine a décidé de le mettre au grand largue (vent ¾ arrière) et de tirer deux bords pour arriver aux Aves, les mouvements du bateau sont plus agréables. La houle finit par avoir le dessus de l’énergie de notre petit mousse qui se laisse glisser dans les bras de Morphée pour un bon clopet.

Nous passons la pointe sud de Ave de Barlovento 7h00 après notre départ, accueillis par des centaines d’oiseaux, des fous de bassan curieux se mettent à notre hauteur pour nous souhaiter la bienvenue. Ils ont envie de se poser sur les panneaux solaires, mais l’éolienne les en dissuade. Nous jetons l’ancre et décidons que la découverte de l’ile se fera demain, nous contentant d’observer le va et vient incessant des oiseaux construisant leurs nids. Puis une dispute éclate entre deux frégates et un pauvre petit fou à qui elles ne laissent aucun répit. Le spectacle se termine devant l’apéro et un beau couché de soleil. Personne ne demande son reste après le souper et nous tombons dans un sommeil profond.

Petit-déj., un peu d’école et c’est parti. Nous mettons l’annexe à l’eau et remontons dans la mangrove au moteur, nous laissant dériver avec le courant au retour afin de pouvoir observer les oiseaux de plus près, sans les déranger. Nous nous accrochons aux branches et faisons silence, les femelles couvent, les mâles ramènent des branches et la nourriture pour les petits déjà nés. Nous en repérons un grâce à ses petits cris aigus, réclamant à tue-tête son repas, il est revêtu d’un fin duvet blanc, il essaie ses ailes, pas encore très alertes. Nous éclatons de rire en le voyant. Puis papa et maman arrivent, ils nous observent car nous sommes à quelques mètres du nid, puis voyant qu’on ne leur veut aucun mal ils vaquent à leurs occupations en nous permettant de faire de magnifiques photos.


Il semblerait y avoir une fenêtre météo pour les jours à venir. Nous planifions donc de partir jeudi, de sortir le bateau des cailles de jour jusqu’à la pointe de l’île, d’y passer la journée et de naviguer de nuit jusqu’à Bonaire (53 miles). De cette manière le trajet sera plus court pour notre petit mousse qui à son réveil sera pratiquement arrivé. Jeudi matin nous apprenons par la BLU qu’une de nos connaissances arriverait dans l’après-midi de ce même jeudi. Comme cela fait plus d’un an qu’on ne sait vus, nous décidons de reporter notre départ à vendredi soir afin de passer la journée en leur compagnie. Les retrouvailles sont heureuses et les tchatches vont bon train.

Vendredi matin la météo semble toujours aussi clémente, nous déplaçons New Life comme prévu pour partir vers minuit. Nous profitons de la plage l’après-midi, bien que le ciel se couvre, la mer et le vent se lèvent. Au retour à bord, nous préparons le bateau et soupons tôt afin de nous reposer un peu avant la nuit à venir. Toute la soirée le vent n’a cessé d’augmenter et le mouillage devient vraiment inconfortable, nous enregistrons 30 à 35 nœuds de vent à l’anémomètre, il nous est impossible de retourner au calme dans le lagon à cause des cailles. Nous prenons notre mal en patience et passons une nuit ballotés d’un côté et de l’autre. A minuit nous décidons reporter notre départ, de retourner dans le lagon une fois le jour levé pour attendre la prochaine fenêtre météo qui apparemment n’est pas pour tout de suite. On se console comme on peut, ce soir (samedi 3 mars), il y a une éclipse de lune totale à 19h30 et les copains sont toujours là.

Dimanche 4, nous bougeons à nouveau New Life au bout de l’île pour partir sur Bonaire dans la nuit. La suite du récit se fera donc depuis là-bas. Nous vous laissons savourer celui-ci en attendant la suite.

Bisous à tous,
Les New life en balade.

samedi, 16 juin 2007

lettre d'avril 2007

Salut à tous,

C’est une autre aventure que le carénage d’un bateau et vous verrez que comme tout le monde, il y a des jours où l’on préférerait être ailleurs ! Le 6 avril donc New Life est sorti de l’eau au chantier de Curaçao marine, un bon coup de karcher a enlevé la majorité des coquillages et une partie de la peinture…- oups oups oups – elle devait pourtant tenir en place depuis les derniers travaux entrepris à Grenade, il y a seulement 11 mois. On en est qu’à notre première surprise de la journée !

A peine le bateau calé, nous attaquons, le grattage et la seconde surprise ne se fait pas attendre… nous avons de magnifiques bulles, cloques, gonflement sur la coque, un coup de tournevis laisse apparaître le métal à nu, la peinture tombant par plaques. Cela nous fait immédiatement penser à de l’électrolyse (attaque de l’acier due à un courant électrique de source inconnue, propagation favorisée et amplifiée par l’eau de mer) qui, si on ne trouve pas la cause, l’acier se troue et le bateau finit par couler.

Avant...

Toutes les personnes présentes tentent d’expliquer le phénomène, parlent de leurs expériences, même s’ils n’en ont pas, racontent ce qu’ils ont entendu ou vu. Ça nous déprime complètement et le capitaine est prêt à mettre une pancarte « BATEAU A VENDRE ». Bon nous allons nous ressaisir et réfléchir à tête reposée en se posant les bonnes questions. Mais que se passe-t-il ?

Dès le lendemain l’intérieur de New Life est éventré afin de contrôler tout le parc électrique : verdict 12,7 volt dans la coque. L’électricité ce n’est pas le point fort du capitaine, les infos et les questions fusent de part et d’autre, tout le monde nous pose des questions, le moteur est-il monté correctement ? Est-il isolé de la coque ? Qu’en est-il de l’inverseur, des batteries, de leur chargeur, des câbles électriques etc…. Thierry sait que tout ça est correctement monté et isolé, mais n’explique pas les 12,7 volt. testés sur la coque. Des « connaisseurs » montent à bord, vérifient ce que Thierry sait être correct, tentent de comprendre, donnent encore une fois leur avis. Cela n’arrange rien à la situation bien au contraire. Et tout à coup théories après théories, un allemand sur un catamaran voisin nous demande s’il peut lui aussi monter afin de nous aider, il dit s’y connaître en électricité … qui sait ; un de plus ou un de moins, ce n’est pas ce qui fera la différence et pourtant. Il confirme les 12,7 volt d’électricité dans la coque, mais précise qu’il n’y a pas d’ampérage, ce qui est très important. Il se teste lui-même, teste le capitaine et nous prouve par A + B qu’on n’est tous chargés… mais qu’on ne s’allume pas comme une ampoule pour autant ! Je dois avouer que sur ce coup-là Thierry est le plus chargé d’entre nous ! C’est donc moins grave que ce que nous pensions, il faut chercher ailleurs la cause de nos bulles.

Nous refaisons un tour de la coque, nous tournant vers notre problème de toujours, la peinture. La première couche de primer n’est pas bonne et il nous faut remettre le bateau à nu, nous l’avions sablé, il y a trois ans à Morlaix mais le travail est à refaire. Afin de ne pas perdre trop de temps, nous contactons un sableur afin d’obtenir un devis. Nous sommes dans les caraïbes et le devis mettra plus d’une semaine à venir. Un simple bout de papier griffonné nous donnera un tarif quatre fois plus cher que ce nous avions payé en Europe…. Eh oui ici être propriétaire d’un bateau rime avec argent. Nous oublions donc le sablage est décidons de nous armer de courage et de faire le travail nous-mêmes.

Entre temps, nous avons un nouveau voisin avec un bateau en acier qui vient juste d’avoir subi le traitement que nous envisagions. Nous faisons connaissance de Pim et Johanna, un couple de hollandais vraiment sympas. Ils sont tous deux ingénieur-mécanique sur des cargos. Leur avis et leur expérience nous sont précieux, ils confirment également que nous n’avons pas d’électrolyse mais effectivement un soucis de peinture. Bon aller, assez tergiversé, il faut attaquer. Thierry n’a pas le goût et on traîne. Et voilà qu’un matin Johanna nous fait une proposition, elle et Pim ont de l’époxy à faire sur leur bateau, n’ont aucune idée comment s’y prendre et proposent un échange de travail. Johanna met ses lunettes de protection, son masque, ses pamires, empoigne la meule à disque et attaque New Life. Thierry, sort pots de résine, durcisseur, tissus, gants et refait les réservoirs de Prospera, leur bateau. Quant à moi je n’ai plus qu’à suivre Johanna avec pinceaux et primer afin de protéger l’acier mis à nu et éviter qu’il ne rouille avec l’humidité qu’il y a ici dans l’air.

Pendant


Et notre petit matelot dans tout ça ? Il cherche notre attention en faisant des bêtises ; il renverse délibérément une bouteille d’eau à l’intérieur du bateau, tente de trouer un pare-battage avec un tournevis, casse ses jouets, nous fait de petites crises, histoire de bien nous culpabiliser de le laisser seul et de n’avoir pas une minute à lui accorder. Au souper ce soir-là nous lui expliquerons que le chantier ce n’est pas facile et il faut que tout le monde y mette du sien, qu’on va arrêter de s’énerver et que papa ne va plus crier, qu’on va s’accorder des pauses et jouer avec lui. Top la main, et c’est reparti dans la bonne humeur.

Dès le lendemain notre petit mousse prend lui aussi ses pinceaux et les outils de papa – qui sont toujours plus intéressants que ceux en plastiques – et attaque également des travaux. Nous lui laissons peindre de nouveaux étagères pour ranger les différents produits dans le local arrière, poser quelques couches d’huile sur les bois après ponçage, rouler l’antifouling sur le gouvernail de Bébek Tutu, notre pilote, c’est son travail, il en est tout fier et raconte partout que lui aussi travail dur, qu’il ne fait plus d’école depuis qu’on est au chantier par faute de temps. En fait il en est tout heureux et la reprise sera dure.

Une fois les bulles enlevées et la coque protégée avec un primer, il faut décaper tout l’antifouling. Johanna retourne sur Pospera, Thierry a trouvé d’autres travaux d’époxy ailleurs, un monocoque qui prend l’eau par le pied moteur, puis sur un catamaran qui a une infiltration importante au niveau de la quille. Il ne me reste donc qu’à prendre mon mal en patience et frotter, frotter et encore frotter toute la coque au thinner pour enlever ce fichu antifouling qui, où il tient est bien difficile à ôter. Je reste positive, je ne suis pas la seule à bosser, je me muscle, il fait chaud, je sue, donc je maigri ; Thierry remplit la caisse de bord en travaillant à l’extérieur, moi je dépense l’argent en achetant du thinner (plus de 50 litres), des pinceaux, du papier à poncer, etc, les magasins de bricolage n’ont plus de secret pour moi, je débarque en habits de travail, sous l’œil amusé de ces messieurs !

Le soir nous nous retrouvons avec les copains devant une bière en discutant de l’avancement des travaux de chacun. Ces apéros de fin de journée sont les bienvenus et on se rend bien compte qu’on n’est pas les seuls à souffrir et que tout le monde a des soucis - que le bateau soit en acier, alu, plastic, bois, sandwich - c’est pour cela qu’on est là, non ? C’est toujours agréables ses échanges polyglottes, les liens se font et se défont au gré des allées et venues sur le chantier. Marvin a trouvé deux copines néozélandaises durant une petite semaine, ça lui a fait du bien de jouer un peu et de faire son petit macho, mais en cachette il revient quand même dans les bras de maman faire un gros câlin, surtout lorsqu’il s’étale de tout son long et que genoux, coudes, menton et front sont rabotés.

Les jours passent et nous arrêtons de démonter, d’enlever les couches de peinture, nous nettoyons et rangeons certains outils, commençons à remonter les bois du cockpit, les mains courantes, les deux nouvelles éoliennes (Aérogen 6) achetées d’occasion sont branchées et chargent en silence les batteries (rien à voir avec l’ancienne Air Nautica, qui lorsqu’elle était enclenchée faisait un boucan d’enfer), les nouvelles couches de peinture sèchent, la poussière accumulée est aspirée, le pont et l’intérieur sont lavés de fond en comble et rangés, Ouf ouf ouf, le chantier est fini, on est le 15 mai et New Life se balance tranquillement d’un bord sur l’autre après plus d’un mois et demi à terre.

Après …

Ce blog vous changera des habituels récits, sable chaut, cocotier, baignade et poissons colorés.

Avec nos meilleures pensées à tous,
Les New Life en balade